Ouf, enfin de retour ici après de longues semaines d'absence, je n'aime pas laisser ce blog abandonné mais mon activité récente m'a contraint à faire des choix sur mes priorités.

Des choix dont je ne me plains pas puisque c'est le surplus d'activité de mon entreprise qui m'a poussé à laisser temporairement de côté mes loisirs habituels, dont ce blog (ainsi que mes soirées et une partie de mes week-end, mais c'est une autre histoire). Mais je vous rassure, j'ai tout de même réussi à prendre quelques jours de vacances ;-)

J'ai donc trouvé opportun de fêter cette rentrée en vous parlant des choix difficiles que nous avons tous à faire à un moment ou à un autre. J'ai justement retrouvé cette vidéo de Ruth Chang, professeur de philosophie aux États-Unis qui a beaucoup étudié ce sujet. J'invite les curieux à découvrir son blog.

Comme d'habitude pour ce genre de vidéo, je vous invite à prendre le temps nécessaire pour la visionner en entier (15 petites minutes), les sous-titres en français sont activés, mais j'ai repris l'essentiel de la transcription avec mes commentaires en dessous (merci aux traducteurs).

Les choix difficiles révèlent un pouvoir caché qui réside en chacun de nous 

"Pensez à un choix difficile auquel vous ferez face dans un avenir proche. Il s'agit peut-être d'un choix entre deux carrières, artiste ou comptable, ou de lieu d'habitation, la ville ou la campagne, voire choisir qui épouser entre deux personnes (...) Ou il s'agit peut-être de choisir d'avoir ou non des enfants, d'avoir un parent malade qui s'installe chez vous, d'élever votre enfant dans une religion vécue par votre conjoint mais qui vous laisse de marbre. Ou s'il faut faire don de ses économies à une œuvre de bienfaisance.

Il y a gros à parier que le choix difficile auquel vous avez pensé était quelque chose de grand, de capital, quelque chose qui vous importe. Les choix difficiles semblent être des occasions de se tracasser, de se lamenter, de grincer des dents. Mais je pense que nous avons mal compris les choix difficiles et le rôle qu'ils jouent dans nos vies. Comprendre les choix difficiles révèle un pouvoir caché qui réside en chacun de nous.


Ce qui rend un choix difficile, c'est la façon dont les alternatives sont liées. Avec un choix facile, une alternative est meilleure que l'autre. Avec un choix difficile, une alternative est meilleure de certaines manières, l'autre alternative est meilleure d'autres manières, et aucune n'est meilleure que l'autre globalement. On se tourmente sur la question de garder votre poste actuel en ville, ou changer de vie pour un travail plus stimulant à la campagne, parce que rester est mieux de certaines manières, déménager est mieux dans d'autres, et ni l'un ni l'autre n'est meilleur, globalement."

Je pense que s'ajoute à cela en général la peur que nous avons de nous tromper, étant donné l'importance de l'enjeu. Alors qu'au final, il n'est jamais vraiment possible de connaître à l'avance les conséquences qu'auront notre choix.

 

Tous les choix difficiles ne sont pas forcément importants

"On ne devrait pas penser que tous les choix difficiles sont importants. Disons qu'on décide quoi manger pour le petit-déjeuner. On pourrait manger des céréales de son de blé riches en fibres, ou un beignet au chocolat. Supposons que ce qui importe dans ce choix, c'est le goût et la valeur nutritive. Les céréales sont meilleures pour la santé, le beignet a meilleur goût, mais ni l'un ni l'autre n'est meilleur, globalement, c'est un choix difficile. Prendre conscience que les petits choix peuvent aussi être difficiles, peut rendre les choix importants et difficiles moins durs à résoudre. Après tout, on réussit bien à décider quoi manger pour petit-déjeuner, donc peut-être on pourrait aussi décider s'il faut rester en ville ou se déraciner à la campagne pour un nouveau travail."

La tentation du choix le moins risqué

"On ne devrait pas penser que les choix difficiles sont difficiles parce qu'on est stupide. Quand j'ai été diplômée du lycée, je n'arrivais pas à choisir entre deux carrières, la philosophie et le droit. J'adorais vraiment la philosophie. Il y a des choses incroyables qu'on peut apprendre en tant que philosophe, tout en étant bien installé dans son fauteuil. Mais je venais d'une famille modeste d'immigrants où l'idée du luxe était pour moi d'avoir un sandwich à la langue de porc et sa gelée dans mon cartable, alors l'idée de passer toute ma vie assise dans un fauteuil, à réfléchir, représentait pour moi le comble de l'extravagance et de la frivolité. Alors, j'ai sorti mon carnet de notes, j'ai dessiné une ligne au milieu de la page, et j'ai fait de mon mieux pour réfléchir aux raisons pour et contre chaque choix. (...) Je les comparerais côte à côte, je verrais que l'une est meilleure que l'autre, et le choix serait facile. Mais (...) parce que je n'arrivais pas à trouver quel choix était meilleur, j'ai fait ce que bon nombre d'entre nous font lors de choix difficiles : j'ai choisi l'option la moins risquée. La peur d'être un philosophe au chômage m'a poussée à devenir avocate, et comme je l'ai découvert, être avocat ne m'a pas trop convenu. Ce n'était pas qui j'étais. Et donc, aujourd'hui, je suis philosophe, j'étudie les choix difficiles, et je peux vous dire que la peur de l'inconnu, bien qu'elle soit une défaillance commune de la motivation dans notre façon de faire des choix difficiles, repose sur une idée fausse de ces choix. C'est une erreur de penser que dans les choix difficiles, une alternative est vraiment meilleure que l'autre, mais nous sommes trop stupides pour savoir laquelle, et comme nous ne savons pas laquelle, nous aurions dû juste prendre l'option la moins risquée. Même en mettant deux alternatives côte à côte, avec toutes les informations, un choix reste toujours difficile. Les choix difficiles sont difficiles, non pas à cause de nous ni de notre ignorance ; ils sont difficiles car il n'existe pas d'option idéale. (...)"

Je pense que nous avons tous déjà fait cette erreur de choisir de rester dans notre zone de confort, pas par un choix rationnel, mais juste par peur du risque.

L'impossibilité de qualifier la valeur de certains choix

"Je pense que le problème survient à cause d'une hypothèse inconsciente que nous faisons à propos de la valeur. Nous pensons inconsciemment que les valeurs comme la justice, la beauté, la gentillesse, sont semblables à des quantités scientifiques, comme la longueur, la masse ou le poids. Prenez n'importe quelle question qui n'implique pas de valeurs, comme savoir laquelle de deux valises est la plus lourde. Il n'y a que trois possibilités. Le poids d'une valise est supérieur, inférieur, ou égal à celui de l'autre valise. Les propriétés comme le poids peuvent être représentées par des nombres réels -- un, deux, trois, et ainsi de suite -- et il n'y a que trois comparaisons possibles entre deux nombres réels quels qu'ils soient. Un nombre est plus grand, moins grand, ou égal à l'autre. Ce n'est pas le cas pour les valeurs. En tant que créatures héritières de l'esprit des Lumières, nous avons tendance à penser que la réflexion scientifique est la clé de tout ce qui est important dans notre monde, mais le monde des valeurs est différent du monde de la science. Les éléments d'un de ces mondes peuvent être quantifiés par des nombre réels, pas les éléments de l'autre. Nous ne devrions pas partir du principe que le monde du certain, des longueurs et des poids, a la même structure que le monde du ressenti, de ce que nous devrions faire.


Donc si ce qui compte pour nous -- la joie d'un enfant, l'amour que vous portez à votre conjoint -- ne peut pas être représenté par de vrais nombres, alors il n'y a aucune raison de penser qu'en matière de choix, il n'y a que trois possibilités -- cette alternative est meilleure, pire ou équivalente à l'autre. Il nous faut intégrer une nouvelle, une quatrième relation au delà du bien, moins bien ou équivalent, qui décrive ce qui se passe lors de choix difficiles. J'aime dire que les alternatives sont « sur un pied d'égalité ». Quand les alternatives sont sur un pied d'égalité, votre choix peut être très important, mais aucune alternative n'est meilleure que l'autre. Les alternatives sont plutôt sur le même niveau de valeur, dans la même ligue de valeurs, bien qu'elles soient en même temps très différentes en termes de type de valeur. C'est pourquoi le choix est difficile."

Tout paraît plus clair expliqué comme ça ;-)

Le choix difficile : l'occasion de se ranger corps et âme derrière une option

"Comprendre les choix difficiles de cette façon révèle quelque chose sur nous que nous ne connaissions pas. Chacun de nous a le pouvoir de créer des raisons. Imaginez un monde dans lequel chaque choix que vous devez faire est un choix simple, ainsi, il y aura toujours une solution idéale. S'il y a une option idéale, c'est celle que vous devriez choisir, parce qu'être rationnel, c'est choisir ce qui est le mieux plutôt que le pire, choisir ce que vous avez le plus de raisons de choisir. (...) Un monde rempli uniquement de choix simples nous enchaînerait à la raison.


Quand on y pense, c'est dingue de croire que les raisons qu'on nous a données ont décidé qu'il était logique de pratiquer le passe-temps que vous pratiquez, de vivre dans la maison dans laquelle vous vivez, de faire le métier que vous faites. Mais vous avez plutôt fait face à des alternatives équivalentes -- des choix difficiles-- et vous avez décidé vous-même des raisons de choisir ce passe-temps, cette maison et cet emploi. Quand les alternatives sont équivalentes, les raisons qui nous sont données, celles qui déterminent si nous faisons une erreur ou pas, ne disent rien de ce que l'on doit faire. C'est là, au moment où se font les choix difficiles, que nous devons utiliser notre pouvoir normatif, le pouvoir de créer ses propres raisons, de devenir le genre de personne qui préfère vivre à la campagne plutôt qu'en ville.

Quand l'on décide entre des options équivalentes, nous pouvons faire quelque chose de vraiment remarquable : nous pouvons nous ranger corps et âme derrière une option. C'est cela que je choisis. C'est qui je suis. Je suis faite pour la banque. Je choisis les beignets au chocolat. Cette réponse aux choix difficiles est une réponse rationnelle, mais elle n'est pas dictée par des raisons qu'on nous a données. Par contre, c'est justifié par des raisons que nous avons créées nous-mêmes. Quand nous créons nos propres raisons afin de devenir tel type de personne plutôt qu'un autre, nous devenons de tout notre cœur la personne que nous sommes. On pourrait dire que nous devenons les auteurs de notre propre vie.


Alors quand on fait face à des choix difficiles, on ne devrait pas se frapper la tête contre les murs en essayant de savoir quelle alternative est la meilleure. Il n'y a pas de meilleur choix. Au lieu de chercher des raisons n'importe où, nous devrions chercher les raisons ici : qui est-ce que je veux être ? (...) Ce que nous faisons à travers les choix difficiles dépend vraiment de chacun de nous.


Alors, les gens qui n'utilisent pas leur pouvoir normatif dans les choix difficiles sont des vagabonds. Nous connaissons tous des gens comme cela. Je me suis laissée embarquer dans une carrière d'avocate. Je n'ai pas commis mon agence. Je n'étais pas faite pour cela. Les personnes qui se laissent porter, laissent le monde écrire l'histoire de leur vie. Ils laissent les mécanismes de récompense et punition -- tapes sur la tête, la peur, la facilité d'une alternative -- déterminer ce qu'ils font. Alors la leçon en matière de choix difficiles : réfléchissez à comment vous souhaitez vivre, à ce que vous pouvez faire, et au travers des choix difficiles, devenez cette personne.

Loin d'être une source d'effroi et d'agonie, les choix difficiles sont de précieuses opportunités pour nous de célébrer ce qui est spécial à la condition humaine, que les raisons qui dictent nos choix soient correctes ou non, manquent parfois, et c'est là, au moment de faire des choix difficiles, que nous avons le pouvoir de créer nos propres raisons, de devenir la personne unique que nous sommes. Et c'est pourquoi les choix difficiles ne sont pas une malédiction mais au contraire une bénédiction."
 

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je me suis laissé entraîné jusqu'à la fin de la vidéo en me demande ce qu'elle allait bien pouvoir nous révéler, et en effet tout s'est éclairci avec sa conclusion : les choix difficiles sont une bénédiction, car ils sont l'occasion unique d'exprimer ce que nous sommes réellement, ce que vous voulons être, notre personnalité la plus profonde, nos aspirations.

Je pense que vous êtes désormais tous armés pour affronter plus sereinement les prochaines décisions difficiles, non ? ;-)

 

 

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Commentaires

Portrait de Apollo

J'avais déjà vu cette vidéo, mais un rappel, ça fait pas de mal ;)

A chaque choix difficiles, on a l'occasion d'exprimer son vrai "soi", profitons-en :)

C'est un sujet difficile et trop rarement abordé, il est vrai que cela demande de faire un travail sur soi pour se pousser à choisir l'audace plutôt que la sécurité.

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