Mesurer la réussite autrement : l'Indice de Planète Heureuse

Je te propose aujourd'hui une vidéo TED qui m'a beaucoup plu, expliquant certaines conceptions que je partage pleinement.

Nic Marks est un statisticien qui s'est attaché tout particulièrement à mesurer le bien-être des populations de la planète. Il propose ainsi l'utilisation d'un indice, "l'Indice de Planète Heureuse", qu'il présente brièvement dans cette conférence de 17 minutes que je t'invite bien entendu à visionner.

Au cas où le temps te manque, retrouve dessous comme d'habitude un extrait de la retranscription en français, avec mes commentaires.

Nic Marks commence son discours par une approche positive, ce qui dans mon cas a vraiment le mérite de m'accrocher :

"Martin Luther King n'a pas dit, "J'ai fait un cauchemar," quand il a inspiré les mouvements pour les droits civiques. Il a dit "J'ai fait un rêve." Et j'ai fait un rêve, je rêve que nous arrêtions de penser que l'avenir va être un cauchemar, et ça ne va pas être facile, parce que si vous pensez à tous les films à grand succès récents, presque toutes les représentations de l'humanité y sont apocalyptiques (...) Et je pense que le mouvement écologique dont je fait partie a été complice de la création de cette vision du futur."

"Depuis trop longtemps nous avons colporté une vision cauchemardesque de ce qui va arriver. Nous nous sommes concentrés sur le scénario du pire. Nous nous sommes concentrés sur les problèmes. Et nous n'avons pas assez pensé aux solutions. Nous nous sommes servis de la peur, si vous voulez, pour attirer l'attention des gens. Et tous les psychologues vous diront que dans l'organisme la peur est liée au mécanisme de la fuite(...) Et je pense que c'est ce que nous faisons quand nous demandons aux gens d'adhérer à notre programme concernant la dégradation de l'environnement et le changement climatique. Les gens se figent et s'enfuient parce que nous utilisons la peur. Et je pense que le mouvement écologique doit grandir et commencer à penser à ce qu'est le progrès."

Bien. Les choses sont claires, et je ne peux honnêtement pas être plus d'accord. Sans pour autant fermer les yeux et ignorer les problèmes, il s'agit bien d'envisager l'avenir sous l'angle des initiatives positives que l'on va pouvoir mener.

"L'un des problèmes auquel nous sommes confrontés est que les seuls qui aient cerné le marché en termes de progrès ont une définition financière de ce qu'est le progrès, une définition économique du progrès (...) Dans un sens, cela fait appel à l'avidité des hommes plutôt qu'à la peur -- le fait que plus soit mieux (...) Mais dès 1968, ce visionnaire, Robert Kennedy, au début de sa tragique campagne présidentielle, a donné la plus éloquente décomposition du produit national brut jamais formulée. Il a fini son discours avec cette phrase : "le produit national brut mesure tout sauf ce qui donne de la valeur à la vie."

Ce que les gens du monde entier veulent vraiment

"Voici le résultat d'une enquête mondiale. Elle demande au gens ce qu'ils veulent. La réponse est sans surprise, les gens partout dans le monde disent que ce qu'ils veulent c'est le bonheur, pour eux-mêmes, pour leurs familles, pour leurs enfants, pour leurs communautés. D'accord, ils disent que l'argent est aussi important, mais ce n'est pas aussi important que le bonheur, et c'est loin d'être aussi important que l'amour. (...) C'est loin d'être aussi important que la santé. Nous voulons être en bonne santé et vivre une vie complète. Ces aspirations semblent être naturelles pour les humains. Pourquoi les statisticiens ne les mesurent-ils pas? Pourquoi ne pensent-ils pas au progrès des nations en ces termes, plutôt que de se limiter à combien nous possédons?

C'est justement cette question qui a animé notre orateur au cours de sa carrière.

L'Indice de Planète Heureuse

"Nous considérons que l'aboutissement ultime d'une nation est son niveau de réussite à créer des vies heureuses et saines pour ses citoyens. Ce devrait être le but de toutes les nations de la planète. Mais nous devons nous rappeler qu'il y a une donnée fondamentale à prendre en compte, et c'est la quantité de ressources de la planète que nous utilisons. Nous avons tous une seule planète. Nous devons tous la partager. C'est la plus rare de toutes les ressources, cette planète unique que nous partageons. Et l'économie s'intéresse beaucoup à la rareté. Quand elle trouve une ressource rare, et veut la transformer en un revenu désirable, elle pense en termes d'efficacité, Elle pense en termes de rentabilité. Et c'est une mesure du degré de bien-être que nous retirons de l'utilisation de notre ressource planétaire. C'est une mesure d'efficacité."

Prendre en compte l'économie, l'environnement et le social... cela me rappelle vaguement quelque chose.

L'indice de planète heureuse

Sur ce graphique, l'axe des abscisses est "l'empreinte écologique", qui est une mesure de la quantité de ressources que nous utilisons et le degré de pression que nous mettons sur la planète. Plus c'est grand, moins c'est bon. L'axe des ordonnées est une mesure appelée "années de vie heureuse" Elle représente le bien-être des nations. C'est comme une espérance de vie prenant en compte le bonheur. C'est comme la qualité et la quantité de vie dans les nations."

"Le point jaune est la moyenne mondiale. Maintenant, il y a une vaste gamme de nations autour de cette moyenne mondiale :

- en haut à droite, des pays qui s'en sortent correctement et produisent du bien-être, mais ils utilisent beaucoup de ressources de la planète pour y parvenir. Ce sont les États-Unis, d'autres pays occidentaux représentés par ces triangles et quelques états du Golfe.

- en bas à gauche, des pays qui ne produisent pas beaucoup de bien-être -- typiquement, l'Afrique sub-saharienne  (courte espérance de vie, maladies omniprésentes, pauvreté...)

- maintenant voilà la bonne nouvelle ! Il y a des pays là-haut, les losanges jaunes, qui font beaucoup mieux que la moyenne mondiale. C'est un graphique de grandes aspirations. Nous voulons être en haut à gauche, là où une vie heureuse ne coûte pas la planète. Ce sont des pays d'Amérique Latine. Le pays tout seul en haut est un endroit où je ne suis jamais allé. Certains d'entre vous peut-être. C'est le Costa Rica. L'espérance de vie moyenne est de 78 ans et demi. C'est plus qu'aux États-Unis. Ils sont, selon le dernier sondage mondial Gallup, la nation la plus heureuse de la planète -- plus que quiconque, plus que la Suisse et le Danemark. C'est l'endroit le plus heureux. Et ils y parviennent en utilisant un quart des ressources qu'on utilise typiquement dans le monde occidental."

"Que se passe-t-il au Costa Rica? (...) 99 % de leur électricité provient d'énergies renouvelables. Leur gouvernement est l'un des premiers à s'engager à avoir une empreinte carbone neutre d'ici 2021. Ils ont aboli l'armée en 1949. Et ils ont investi dans des programmes sociaux -- la santé et l'éducation. Ils ont un des taux d'alphabétisation les plus élevés de l'Amérique Latine et du monde. Et ils ont cette chaleur latine, n'est-ce pas. Ils ont ce lien social."

Personnellement je ne savais rien de tout ça, mais j'ai brusquement envie d'aller faire un tour au Costa Rica :-D

"Le défi est que peut-être l'avenir pourrait ne pas appartenir à l’Amérique du nord ou à l'Europe de l'ouest. Il pourrait être latino-américain. Le défi, vraiment, est de tirer la moyenne mondiale vers ce point là-haut. Voilà ce qu'il faut qu'on fasse. Et si nous voulons faire ça, nous devons tirer les pays d'en bas, et nous devons tirer les pays sur la droite du graphique. Et alors nous commencerons à créer une planète heureuse. C'est une façon de voir les choses."

Happy Planet Challenge

Nic Marks présente alors un autre graphique précisant l'évolution dans le temps : en bleu le bien être des populations, en rouge l'empreinte écologique, et en vert "l'indice de planète heureuse"

"Voici (ndlr : en pointillé) à quoi ressemblent les objectifs du gouvernement britannique pour les émissions de gaz à effet de serre et de CO2. (...) Ça change notre système. Ça change la façon dont nous créons nos organisations, dont nous faisons notre politique gouvernementale et dont nous vivons nos vies. Et le fait est que, nous devons continuer à accroître le bien-être. Personne ne peut se présenter à une élection et dire que la qualité de vie va être réduite. Aucun d'entre nous ne veut, je crois, que le progrès humain s'arrête. Je crois que nous voulons qu'il se poursuive. Je crois que nous voulons que la condition humaine continue de s'améliorer. Et je crois que c'est ici qu'interviennent ceux qui doutent du changement climatique et ceux qui n'y croient pas. Je pense que c'est ce qu'ils veulent. Ils veulent que la qualité de vie continue à augmenter. Ils veulent s'accrocher à ce qu'ils ont. Et si nous devons les convaincre, voilà ce que je crois qu'il faut faire. Et ça signifie que nous devons vraiment augmenter encore plus l'efficacité."

Je pense aussi que, sauf catastrophe, il sera impossible de changer les comportements humains si cela implique une diminution du bien-être à court terme. On peut le regretter, mais c'est ainsi. Comment faire changer les choses alors ?

"Les êtres humains sont motivés par le moment présent. Vous mettez un compteur intelligent chez vous, et vous voyez votre consommation actuelle d'électricité, combien elle vous coûte, et vos enfants vont vite se mettre à éteindre les lumières. Qu'est-ce que ça donnerait pour la société? Comment se fait-il qu'aux informations à la radio tous les soirs, j'entende parler du FTSE 100, du Dow jones, du taux de change entre la livre et le dollar (...) Pourquoi je n'entends pas combien d'énergie la Grande-Bretagne ou l'Amérique a utilisé hier ? Avons-nous atteint notre objectif annuel de 3 % de réduction d'émissions de CO2 ? Voilà comment on crée un objectif commun. On le met dans les médias et on commence à y réfléchir."

Tu ne me vois pas, mais j'applaudis des deux mains.

"Au niveau des gouvernements, ils pourraient créer des comptes-rendu nationaux du bien-être. Au niveau des affaires, on pourrait prendre en compte le bien-être des employés, que nous savons pertinemment lié à la créativité, qui est liée à l'innovation, et nous allons avoir besoin d'innovation pour faire face à ces questions environnementales. Au niveau personnel, nous avons besoin qu'on nous secoue. Peut-être que ce ne sont pas des données qu'il nous faut, ce sont des rappels. Au Royaume-Uni, nous avons un message de santé publique fort à propos de 5 fruits et légumes par jour et de l'exercice physique de nous devrions faire. Qu'est-ce que ça fait pour le bonheur ? Quelles sont les 5 choses qu'on devrait faire chaque jour pour être plus heureux ?"

Il rapporte ensuite une étude qui a justement eu pour objectif de répondre à cette question : quelles actions positives peut-on faire pour améliorer le bien être dans sa vie ?

"L'intérêt de ces actions est qu'elles ne sont pas vraiment le secret du bonheur, mais ce sont des choses dont je crois que le bonheur découlera :

1/ se connecter, vos relations sociales sont les pierres angulaires les plus importantes de votre vie. Est-ce que vous consacrez à ceux que vous aimez tout le temps et l'énergie que vous pourriez ? Continuez à construire ces relations.

2/ être actif. Comment sortir le plus rapidement possible d'une mauvaise humeur : sortez, allez marcher, allumez la radio et dansez. Être actif est génial pour la bonne humeur.

3/ remarquer. À quel point êtes-vous conscient de ce qui se passe dans le monde, des saisons qui changent, des gens autour de vous ? Remarquez-vous ce qui se prépare pour vous et essaye d'émerger ?

4/ continuer à apprendre (...), tout au long d'une vie. Les personnes âgées qui continuent à apprendre et sont curieuses, sont en meilleure santé que ceux qui commencent à se refermer. Mais il n'est pas nécessaire que ce soit un apprentissage formel : il ne s'agit pas de connaissances. Il s'agit plus de curiosité. Cela peut être apprendre à cuisiner un nouveau plat, reprendre un instrument que vous aviez oublié quand vous étiez enfant.

5/ la plus anti-économique des actions : donner. Notre générosité, notre altruisme, notre compassion, sont toutes intrinsèquement connectées au mécanisme de récompense dans notre cerveau. Nous nous sentons bien quand nous donnons."

On pourrait en discuter longuement, sur l'ordre, sur l'absence de certains paramètres, mais pourquoi pas.

"Ces cinq comportements (...) ne coûtent pas nécessairement à la planète. Ils n'utilisent pas de carbone. Ils ne nécessitent pas beaucoup de biens matériels pour être efficaces. Martin Luther King, à l'orée de sa mort, a fait un discours incroyable. Il a dit, "Je sais qu'il y a des défis devant nous, il y a peut-être des ennuis devant nous, mais je ne crains personne. Ça m'est égal. Je suis allé en haut de la montagne, et j'ai vu la terre promise." Bon, c'était un pasteur, mais je crois que le mouvement écologique et, en fait, le monde des affaires, le gouvernement, doivent aller en haut de la montagne, et regarder au loin, et voir la terre promise, ou la terre de promesses et doivent avoir une vision d'un monde dont nous voulons tous. Et non seulement ça, nous devons créer une Grande Transition pour y arriver, et nous devons paver cette Grande Transition de bonnes choses.

Les humains veulent être heureux. Ouvrez la voie avec les cinq manières. Et nous devons baliser la voie pour rassembler les gens et leur indiquer le chemin -- quelque chose comme l'Indice de Planète Heureuse. Et alors je crois que nous pouvons tous créer un monde dont nous voulons tous, où le bonheur ne coûte pas à la planète."

Tu trouveras peut-être ce discours pavé de bonnes intentions utopiques, mais pour ma part j'adhère à cette vision positive, parce que je pense qu'il n'y a pas d'autre voie pour faire changer les comportements, pour faire bouger les lignes et les orientations.

N'hésite pas en tout cas à en parler autour de toi.

 

Commentaires

Portrait de NAd

Très intéressante cette conférence. Merci pour la découverte.

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