Je te propose une nouvelle vidéo TED aujourd'hui, plutôt récente car elle est issue de la session 2014, donnant la parole à Keren Elazari, experte en cybersécurité israélienne.

Elle y présente sa vision du rôle des hackers pour l'amélioration d'Internet. J'ai évidemment trouvé son intervention passionnante et t'invite à la visionner, les sous-titres sont activés ci-dessous.

Si nécessaire un résumé sous la vidéo.

 

 

Keren Elazari commence par présenter un hacker ayant réussi à pirater des distributeurs de billets :

" (...) Barnaby Jack aurait facilement pu devenir un criminel de carrière ou un méchant de James Bond avec ses connaissances. Mais il a choisi à la place de montrer au monde le fruit de ses recherches. Il pensait que parfois, on a besoin de prouver l'existence d'une menace pour initier une solution. Nous sommes souvent terrifiés et fascinés par le pouvoir qu'ont désormais les hackers. Ils nous font peur. Mais les choix qu'ils font ont des conséquences importantes qui influent sur nous tous. Donc je suis ici aujourd'hui parce que je pense que l'on a besoin des hackers, et, en fait, il se pourrait qu'ils soient le système immunitaire pour l'âge de l'information. Ils nous rendent parfois malades, mais ils trouvent aussi ces menaces cachées dans notre monde, et ils nous forcent à les réparer."

Les hackers nous rendent parfois malades, mais ils trouvent aussi ces menaces cachées dans notre monde, et ils nous forcent à les réparer.

Elle explique ensuite ce qui l'a mené à suivre sa carrière :

"(...) J'étais une telle geekette à l'époque que même les garçons de l'équipe de Donjons & Dragons ne voulaient pas que je les rejoigne. Ça, c'est qui j'étais. Mais ça, c'est qui je voulais être : Angelina Jolie. Elle jouait le rôle d'Acid Burn dans le film de 1995 « Hackers ». Elle était belle et elle savait faire du roller, mais d'être un hacker, c'est ça qui lui donnait du pouvoir. Et je voulais être tout comme elle, alors je me suis mise à passer beaucoup de temps sur des sites de discussion et des forums de hackers. Je me souviens qu'un soir, tard, j'ai trouvé un bout de code PHP. Je ne savais pas vraiment à quoi il servait, mais je l'ai copié-collé et je l'ai quand même utilisé pour entrer dans un site protégé par mot de passe, comme ça. Sésame, ouvre-toi ! C'était une astuce simple, et j'étais juste une débutante à l'époque. Mais pour moi, cette astuce, je me sentais comme ça, comme si j'avais découvert un potentiel illimité au bout de mes doigts. Ça, c'est l'afflux de puissance que ressentent les hackers. Ce sont des geeks exactement comme moi qui découvrent qu'ils ont accès à un super-pouvoir, qui nécessite le talent et la ténacité de leur intellect (...)"

Hackers et crackers

hackers crackers

"Mais un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, et tout le monde aime à penser que si l'on avait de tels pouvoirs, on ne les utiliserait que pour faire le bien. Mais si vous pouviez lire les e-mails de votre ex, ou ajouter un ou deux zéros à votre compte en banque, que feriez-vous ? En effet, de nombreux hackers n'ont pas su résister à la tentation, et ils sont ainsi responsables, d'une manière ou d'une autre, de milliards de dollars de pertes par an, par la fraude, les malwares, ou tout simplement les vols d'identité qui sont un problème grave. Mais il y a d'autres hackers, des hackers qui aiment juste casser des codes, et ce sont justement ces hackers qui peuvent trouver les points faibles dans notre monde et nous permettre de les réparer."

Keren Elazari donne quelques exemples de hackers ayant voulu aider des entreprises... mais n'ayant pas toujours été bien compris :

"(...) Kyle Lovett, a découvert une faille béante dans la conception de certains routeurs wifi, comme ceux que vous pouvez avoir chez vous ou à votre bureau. Il s'est rendu compte que n'importe qui pouvait se connecter à distance à ces appareils via internet et télécharger des documents depuis les disques durs attachés à ces routeurs, sans avoir besoin de mot de passe. Il en avertit l'entreprise, bien sûr, mais ils ignorèrent son rapport. Peut-être qu'ils pensaient qu'un accès universel était une fonctionnalité normale, et non un bug... jusqu'à il y a deux mois, quand un groupe de hackers l'utilisèrent pour accéder aux fichiers des gens. Mais ils n'ont rien volé. Ils ont laissé un message : « N'importe qui dans le monde peut accéder à votre routeur et à vos documents. Voici ce que vous devriez faire pour empêcher ça. Nous espérons que ça vous a aidé. » En accédant ainsi aux fichiers des gens, oui, ils ont enfreint la loi, mais ils ont aussi forcé cette entreprise à réparer leur produit."

Même exemple avec Facebook :

"Khalil est un hacker palestinien de Cisjordanie, et il a trouvé une faille de confidentialité inquiétante sur Facebook qu'il a tenté de signaler dans le programme de prime au bug de l'entreprise. Ce sont des arrangements généralement très avantageux pour les entreprises : récompenser les hackers qui révèlent les vulnérabilités qu'ils trouvent dans leurs codes. Malheureusement, en raison d'un malentendu, son rapport n'a pas été accepté. Frustré par cette discussion, il a décidé d'utiliser sa propre découverte pour poster sur le mur de Mark Zuckerberg. Pour ce qui est d'attirer leur attention, ça a bien marché, et ils ont réparé le bug. Mais comme il ne l'avait pas signalé correctement, on lui a refusé la prime généralement payée pour ce genre de découverte. Heureusement pour Khalil, un groupe de hackers veillait sur lui. En fait, ils ont levé plus de 13 000 dollars pour le récompenser de cette découverte, générant un débat vital dans l'industrie de la technologie sur comment on peut inciter les hackers à agir comme il faut."

"Faire en sorte que les vulnérabilités soient connues du public est une pratique appelée la divulgation publique dans la communauté des hackers, et c'est controversé, mais ça me fait réfléchir à la façon dont les hackers ont un effet évolutif sur les technologies que nous utilisons tous les jours. Mais je pense qu'il y a une histoire encore plus importante derrière cela. Même les entreprises créées par des hackers, comme Facebook, ont encore une relation compliquée avec les hackers. Alors pour des organisations plus traditionnelles, cela va prendre du temps et des efforts d'adaptation pour accepter la culture des hackers et le chaos créatif qui vient avec. Mais je pense que ça en vaut la peine, parce que l'alternative, combattre aveuglément tous les hackers, c'est aller à l'encontre d'un pouvoir que l'on ne peut pas contrôler au prix de la répression de l'innovation et de la régulation du savoir. Ce sont des choses qui vous retombent sur le nez."

Des hackers à la défense d'idéaux comme la liberté du web

Hackers anonymous

photo flickr / Frédéric BISSON, CC BY 2.0

"C'est encore plus vrai si l'on s'en prend aux hackers qui sont prêts à risquer leur propre liberté pour des idéaux comme la liberté du web. En particulier en des temps comme le nôtre, alors que les gouvernements et les entreprises se battent pour contrôler internet. Je trouve ahurissant que quelqu'un des recoins sombres du cyberespace puisse devenir sa voix d'opposition, et même sa dernière ligne de défense, peut-être que quelqu'un comme Anonymous, le porte-drapeau de l'hacktivisme mondial. Aujourd'hui, on ne présente plus ce mouvement de hackers du monde entier, mais il y a six ans, ils n'étaient pas beaucoup plus qu'une sous-culture d'internet dédiée au partage d'images stupides de chats marrants et aux campagnes de trolling d'internet. Le moment de leur transformation date du début 2008, quand l’Église de Scientologie a tenté de supprimer certaines vidéos ayant fuité sur certains sites web. C'est là que les Anonymous ont été façonnés à partir de ce rassemblement apparemment confus de gens qui traînaient sur internet. Et il s'avère qu'internet n'aime pas que l'on essaie de lui enlever des choses ! Et il réagit, avec des cyber-attaques et des blagues sophistiquées et avec une série de manifestations organisées tout autour du monde (...) Ceci a prouvé qu'Anonymous, et cette idée, peut déplacer les foules de leurs claviers jusqu'à la rue, et cela a posé les fondations pour les dizaines d'opérations suivantes contre ce qui a été perçu comme des injustices contre leur monde en ligne et hors-ligne. Depuis, ils se sont attaqués à de nombreuses cibles. Ils ont dévoilé de la corruption, de la maltraitance, ils ont hacké des papes et des politiciens. Et je pense que leur effet va plus loin que de simples attaques de déni de service qui font planter des sites web ou même de faire fuiter des documents sensibles. Je pense que, comme Robin des Bois, ils sont dans le marché de la redistribution. Mais ce qu'ils recherchent, ce n'est pas votre argent, ce ne sont pas vos documents. C'est votre attention. Ils braquent les projecteurs sur les causes qu'ils soutiennent nous obligeant à les remarquer, agissant comme une loupe à l'échelle mondiale pour des problèmes dont nous ne sommes pas au courant, alors que nous devrions peut-être l'être. Ils ont été traités de beaucoup de noms de criminels à terroristes, et je ne peux pas justifier leurs procédés illégaux, mais les idées pour lesquelles ils se battent, sont importantes pour nous tous. En réalité, les hackers font bien plus que de casser des choses. Ils peuvent rassembler les gens."

En réalité, les hackers font bien plus que de casser des choses. Ils peuvent rassembler les gens.

Elle rappelle ensuite les événements de 2011 en Égypte, durant lequel le gouvernement a coupé l'accès à Internet de la population du pays :

"(...) Pour les hackers, c'est devenu une affaire personnelle. Des hackers comme le groupe Telecomix étaient déjà actifs sur le terrain, aidant les Égyptiens à contourner la censure avec des astuces ingénieuses comme le code Morse et la radio amateur. C'était la pleine saison du low-tech que le gouvernement ne pouvait pas bloquer, mais quand le Net s'est complètement arrêté, Telecomix a sorti l'artillerie lourde. Ils ont trouvé des fournisseurs d'accès européens, qui avaient encore une infrastructure d'accès par appel analogique vieille de vingt ans. Ils ont ouvert 300 de ces lignes pour que les Égyptiens les utilisent, fournissant une connexion internet lente mais appréciable aux Égyptiens. Ça a marché. (...) Mais alors que l'avenir de l’Égypte est toujours incertain, lorsque la même chose s'est produite en Syrie un an plus tard seulement, Telecomix était prêt avec ces lignes internet, et Anonymous, ils étaient peut-être le premier groupe international à dénoncer officiellement les actions de l'armée syrienne, en défigurant leur site web."

Elle cite également des contre-exemples de hackers soutenant des régimes contestés, et piratant des sites pour faire circuler de fausses informations.

"Ce genre de choses se produit dans le monde entier maintenant. Dans les conflits de la Péninsule de Crimée à l'Amérique Latine, de l'Europe aux États-Unis, les hackers sont une force d'influence sociale, politique et militaire. Individuellement ou en groupes, des bénévoles dans les conflits militaires, il y a des hackers partout. Ils sont issus de toutes sortes de modes de vie, de groupes ethniques, d'idéologies et je me dois de l'ajouter, de sexes. Ils sont en train de façonner le théâtre mondial. Les hackers représentent une force exceptionnelle pour le changement au XXIe siècle. C'est parce que l'accès à l'information est une monnaie d'échange de pouvoir cruciale, que les gouvernements aimeraient bien contrôler, ce qu'ils essaient de faire en installant des programmes de surveillance à volonté, chose pour laquelle ils ont besoin de hackers, soit dit en passant. Et donc le pouvoir établi a depuis longtemps une relation d'amour et de haine avec les hackers, parce que les mêmes personnes qui diabolisent le piratage l'utilisent aussi à fond."

Pendant des années, les hackers ont été du mauvais côté de la barrière, mais (...) qui est plus attentif à notre monde en ligne ?

"Pendant des années, les hackers ont été du mauvais côté de la barrière, mais à la lumière de ce que l'on sait maintenant, qui est plus attentif à notre monde en ligne ? Les règles du jeu ne sont plus si claires, mais les hackers sont peut-être les seuls à être encore capables de défier les gouvernements abusifs et les entreprises accumulatrices de données sur leur propre terrain. Pour moi, cela représente l'espoir."

"Pendant ces trois dernières décennies, les hackers ont fait beaucoup de choses, mais ils ont aussi eu un impact sur les libertés civiles, l'innovation et la liberté d'internet, alors je pense qu'il est temps de regarder à deux fois la façon dont on les décrit, parce que si on continue à attendre d'eux qu'ils soient les méchants, comment est-ce qu'ils peuvent être aussi les héros ? Mes années dans le monde des hackers m'ont fait me rendre compte à la fois du problème et de la beauté des hackers : ils ne peuvent tout simplement pas voir quelque chose de cassé dans le monde et le laisser ainsi. Ils se sentent forcés soit de l'exploiter, soit d'essayer de le changer, et ainsi ils trouvent les aspects vulnérables de notre monde qui change si vite. Ils nous font, ils nous y obligent même, réparer les choses ou ils exigent quelque chose de mieux, et je pense que l'on a besoin d'eux, pour qu'ils fassent justement ça, parce qu'après tout, ce n'est pas l'information qui veut être libre, c'est nous."

"Hackez la planète !"

 


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