Une chouette vidéo que tu as peut-être vu passer cette semaine chez les grands JCFrog et Korben, et que je ne pouvais pas manquer de rediffuser ici tant elle correspond à quelque chose en lequel je crois.

Clay Shirky, spécialiste des médias sociaux, y explique comment selon lui les gouvernements pourraient tirer une leçon d'Internet, notamment de l'expérience du monde open source pour traiter le flot d'idées et de connaissances de contributeurs à travers le monde. Je pense qu'elle te plaira particulièrement si tu es directement concerné par la programmation informatique, mais pas tu devrais justement t'y intéresser encore plus si tu ne fais pas partie de cette catégorie de la population.

Bien entendu, je t'invite à regarder la vidéo (sous titrée en français), mais je t'ai fait un petit résumé en dessous.

Clay Shirky commence par raconter l'anecdote d'une petite écossaise de 9 ans qui a débuté un blog où elle commente chaque jour le repas qu'elle a pris à la cantine de son école, photo à l'appui.

Un petit projet qui a rapidement trouvé un public de plus en plus nombreux, puis qui a explosé lorsque l'école a décidé de lui interdire la poursuite de son aventure :

"Vous pouvez deviner ce qui s'est passé ensuite, non ? (Rires) L'outrage a été tellement rapide, tellement volumineux, tellement unanime, que le Conseil d'Argyll and Bute a fait marche arrière le jour même (...) Et cela soulève la question, qu'est-ce qui leur a fait penser qu'ils pourraient s'en tirer avec quelque chose comme ça ? La réponse est, toute l'histoire humaine avant maintenant."

Que se passe-t-il quand un média met tout à coup beaucoup de nouvelles idées en circulation ?

"Ce n'est pas seulement une question ponctuelle. C'est quelque chose que nous avons rencontrés plusieurs fois au cours des derniers siècles. Quand le télégraphe est apparu, il était clair qu'il allait mondialiser l'industrie de l'information. A quoi est-ce que ça conduirait ? Et bien, évidemment, cela conduirait à la paix mondiale. La télévision, un média qui nous a permis non seulement d'entendre mais de voir, littéralement voir, ce qui se passait ailleurs dans le monde, à quoi est-ce que ça conduirait ? La paix mondiale. Le téléphone ? Vous l'avez deviné : la paix mondiale. Désolé pour cette fausse prédiction, mais pas de paix mondiale. Pas encore.

Là où toutes ces prédictions de paix mondiale ont vu juste c'est que lorsque tout d'un coup beaucoup de nouvelles idées sont mises en circulation, cela transforme la société. Ce sur quoi on s'est exactement trompé, c'est sur ce qui se passe ensuite.

Plus il y a d'idées en circulation, plus il y a d'idées à contredire pour chacun. Plus de médias signifie toujours plus de débat.. Voilà ce qui arrive lorsque l'espace des médias se développe."

Il présente ensuite l'histoire de la création de la première revue scientifique publiée en anglais au milieu du 16ème siècle : un groupe de philosophes - scientifiques qui avait besoin à la fois d'ouverture, et de créer une norme pour décrir leurs affirmations et la façon dont ils avaient conduit leurs expériences. Mais également de synchroniser rapidement entre eux les connaissances qu'ils avaient. L'imprimerie était le bon moyen, mais le livre le mauvais outil, beaucoup trop lent à éditer et à imprimer. La révolution scientifique n'a pas été créée par le monde de la presse, mais par des scientifiques.

Et nous, alors ? Qu'en est-il de notre génération, et notre révolution des médias, d'Internet ?

"J'étudie les médias sociaux, ce qui signifie, en première approximation, que j'observe les gens débattre. Et si je devais choisir un groupe (...) c'est la collection de gens qui essayent de prendre ces outils et de les utiliser, non pas pour avoir plus d'arguments, mais pour avoir de meilleurs arguments, Je choisirais les programmeurs open source. La programmation est une relation triangulaire entre un programmeur, un code source, et l'ordinateur sur lequel le programme est destiné à être exécuté, mais les ordinateurs sont des interprètes si inflexibles des instructions qu'il est extraordinairement difficile d'écrire tout un ensemble d'instructions que l'ordinateur sait comment exécuter (...) Et ce problème s'accroît avec le nombre de programmeurs impliqués. En gros, le problème de la gestion d'un grand projet de logiciel est le problème d'éviter ce chaos social."

Il explique ensuite rapidement le système des logiciels de gestion de version, mais surtout de la différence entre les systèmes propriétaires, et les systèmes open source initiés par le fameux Linus Torvalds avec le projet Git : 

"Les logiciels libres, la promesse de la base de la licence open source, est que tout le monde devrait avoir accès à l'intégralité du code source tout le temps, mais bien sûr, cela crée la menace même du chaos qu'il faut prévenir pour faire que ça marche. La plupart des projets open source se sont pincés le nez et ont adopté des systèmes de gestion féodale. Mais Torvalds a dit, « Non, je vais pas faire ça. » Son point de vue là-dessus a été très clair. Lorsque vous adoptez un outil, vous aussi adopter la philosophie de gestion intégrée dans cet outil, et il n'allait pas adopter quelque chose qui ne fonctionnait pas comme la communauté Linux fonctionnait (...) Tous ceux qui travaillent sur un projet ont accès à toutes les données du code source tout le temps (...) Un programmeur à Édimbourg et un programmeur à Entebbe peuvent tous les deux obtenir une copie du même logiciel. Chacun d'eux peut apporter des modifications, et ils peuvent les fusionner après, même s'ils ne savent pas au préalable que l'autre existe. Il s'agit de coopération sans coordination. Voilà le grand changement."

Des techniques applicables aux démocraties, et en particulier à la Loi ?

"Le droit est un autre endroit où il y a beaucoup d'opinions en circulation, mais elles ont besoin d'être résolues en un seul exemplaire canonique. Quand vous allez sur GitHub, et vous regardez, il y a des millions et des millions de projets, presque tous sont du code source, mais si vous regardez plus loin, vous pouvez voir des gens expérimenter avec les ramifications politiques d'un système comme ça."

Il donne l'exemple de câbles de Wikileaks du département d'État, ainsi que des logiciels utilisés pour les interpréter, du Sénat de New York qui a mis en place une "législation ouverte", hébergée sur GitHub, où l'on peut choisir son sénateur et voir une liste des lois qu'il a parrainé. Ou encore  l'ensemble des lois de l'état de l'Utah mises en ligne par un contributeur, avec l'idée que cela puisse servir à faire progresser le développement de la législation.

"Les programmeurs open source ont mis au point une méthode collaborative à grande échelle, distribuée, bon marché et en phase avec les idéaux de la démocratie, je serais ravi de vous dire que, parce que ces outils sont en place, l'innovation est inévitable. Mais ce n'est pas le cas. Une partie du problème, bien sûr, est juste un manque d'information. (...) Les gens qui expérimentent avec la participation n'ont pas le pouvoir législatif et les gens qui ont le pouvoir législatif n'expérimentent pas avec la participation. Ils expérimentent avec l'ouverture. Il n'y a pas de démocratie digne de ce nom qui n'ait pas essayé une transparence, mais la transparence est l'ouverture dans un seul sens et se voir donner un tableau de bord sans un volant n'a jamais été la promesse de base qu'une démocratie fait à ses citoyens.

Alors, pensez-y. Ce qui a fait que des avis de Martha Payne sont parvenus au public était une technologie, mais ce qui a fait qu'ils ont continué à s'y intéresser était la volonté politique. C'était l'attente des citoyens qu'elle ne serait pas censurée. C'est maintenant l'état dans lequel nous sommes avec ces outils de collaboration. Nous les avons. Nous les avons vus. Ils fonctionnent. Pouvons-nous les utiliser ? Peut-on généraliser les techniques qui ont fonctionné ici à ça ?

Une chose importante qui puisse arriver à une culture est qu'on puisse acquérir un nouveau style d'argumentation : le procès avec jury, le droit de vote, l'examen par les pairs, maintenant ceci. Une nouvelle forme d'argumentation a été inventée de notre vivant, dans la dernière décennie, en fait. Elles est grande, elle est distribuée, elle est peu coûteuse, et elle est compatible avec les idéaux de la démocratie. La question pour nous est maintenant, allons-nous laisser les programmeurs la garder pour eux ? Ou allons-nous tenter de la prendre et de la mettre au service de la société dans son ensemble ?"

Voilà qui fait réfléchir un peu, non ?

Toute cette idée de démocratie inspirée du modèle de fonctionnement des programmeurs open source renvoie bien entendu au concept plus large de "cerveau global" (global brain), réseau immense auto-organisé de tous les êtres humains capables de traiter l'information, prendre des décisions, résoudre des problèmes et découvrir de nouvelles idées.

J'avais déjà un peu abordé le sujet, et j'y reviendrai sans doute plus tard, c'est déjà pas mal pour aujourd'hui.

Excellente semaine à tous !

 


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